Maude Savary

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Secrets ou légendes…?

Dans la famille Savary, il se passe des tas de choses qui reflètent une cascade d’aléas plus ou moins heureux. Mais, chapeautant cette normalité, il y a aussi des cachoteries qui ont ouvert la voie à quelques secrets ou légendes qui offrent souvent le cadre à des conversations animées.

Ainsi en est le cas de notre Tante Maud.

Tout d’abord, elle nous a impressionné en tant que parisienne bien supérieure à nous, petits vaudois. Puis elle s’est révélée très conciliante avec chacun, pour autant qu’il respecte les règles d’égards et de politesse à la mode d’alors dans les familles respectables

. Avant d’aborder ce qui se rapporte au titre ci-dessus, relevons  que notre chère Tante Maud ( paix à ses cendres – au Père-Lachaise ), avait tout un lot de qualités. Le plus fascinant était sa proximité avec les arts picturaux, en priorité de Braque et de Picasso.  Son hospitalité était d’une belle largeur. Elle nous recevait en son superbe et chic appartement  de la rue Frédéric Le Play (7 ème) donnant sur le Champs de Mars et la Tour Eiffel, tout à côté du logement de François Mitterand. En pénétrant dans ce haut lieu, on se trouvait face à une grande toile de Picasso et tout une ribambelle d’autres tableaux de peintres bien connus. Après cet ébahissement on avait droit à un bon dîner. Si on éprouvait un certain besoin, on pouvait aller se soulager face à une lithographie du grand Pablo. Bref un chouette musée dans une magnifique hospitalité. Notre oncle. « Julet » (de son vrai prestigieux prénom : Jules-César) avait son bureau dans une mezzanine dans laquelle on n’entrait pas.

Le marché de l’art étant déjà fort cher, il régnait un mystère sur la source de ces belles choses. Oncle Julet avait certainement un bon salaire en tant que PDG de Jaeger Lecoultre, mais cela ne devait pas suffire pour une telle collection. Alors il courait le bruit que les sous venait de la chère tante Maud. On chuchotait qu’elle avait eu une belle naissance et avait hérité d’une grosse fortune, y compris le grand magasin « Le Printemps ». Premier secret ! Bien sûr que sa naissance nous intriguait au point qu’on supposait que ses parents ou ses géniteurs y étaient pour quelque chose. C’est là que les langues les plus habiles à discourir commencèrent à se délier. Ma tante ressemblait au portrait de Louis XIV. en image dans mon livre d’histoire, donc un membre de la famille des Bourbon. Mon père (Pierre) la charriait volontiers là-dessus. Tante Sonia qui savait tout de chaque membre de la tribu, devait en savoir quelques chose, elle qui conservai dans son carton de documents familiaux, a gardé des articles sur cette noble famille mais conservait jalousement le secret. Elle l’a emporté dans sa tombe en 82.

Bref, on a fait des tas de suppositions dont la principale fut que tante Maud était la « fille naturelle » de l’Impératrice Zita de Bourbon-Parme.(déchu en 1914). De là on échafauda la construction de sa généalogie afin de supposer ce qui pourrait correspondre à la réalité. Zita est née en Italie en1892 et Maud est née 14 ans plus tard le 19 février 1906. Elle aurait eu 14 ans, ce qui est bien jeune mais plausible, dans la belle Italie où une jolie fille se serait fait draguer par un flamboyant musicien. (peut.être un violoniste) entreprenant. Pour cacher cette « faute », la petite fille fut accueillie dans un famille d’accueil, la famille Ladner de Paris. Mais  pour faire pénitence on envoya la jeune Zita purger sa « peine » durant deux ans, en espérant que l’affaire s’oublie un peu, dans un couvent dans une île franco-normande. L’affaire aurait pu finir là mais elle ne s’oublia pas en laissant au bébé (Maud si ce prénom était déjà le sien) un pactole de la famille Bourbon-Habsbourg, pour essayer d’étouffer cette naissance non admise dans la noble famille.

Toujours est-il que la belle collection d’oeuvres artistiques du début du XX-ième  siècle se constitua à la rue Frédérie-Le Play avec, peut-être la complicité camouflée de l’aristocratie du début du siècle.

Heureux furent les neveux de Tante Maud, au décès d’oncle Julet, de recevoir, sous forme de tableaux un souvenir qui rayonne encore sur une paroi de leurs appartements. Personnellement je me réjouis tous les jours en regardant la lithographie. (2/50) d’un poétique faune de Picasso. Légende ou secret continuent ainsi encore tous les jours de se rappeler de la générosité de notre chère Tante Maud.